09 juillet 2008
parchemins étoilés
Où donc est allé parader
Ton irremplaçable sourire ?
Je crois le voir se dessiner
Devant mes yeux…
Pourquoi faut-il un jour se dire
Des mots d’adieu ?
Où promènes-tu tes semelles,
Quel sol foules-tu à l’instant ?
Tes pas bruissaient dans la ruelle
Quand tu rentrais…
Chez qui rentres-tu ? Qui t’attend ?
Seul Dieu le sait !
La lune élevée dans la nuit,
La regardes-tu comme moi ?
Voilà deux étés que l’ennui
M’a dans ses liens…
A quoi rime la vie sans toi ?
Sans doute à rien !
Dans ma mémoire endolorie,
Il danse mille souvenirs.
Pour alléger mes insomnies,
Je me replonge
Dans tes promesses d’avenir…
Que de mensonges !
Je n’ai jamais pu me résoudre
A détruire toutes ces lettres,
Parchemins étoilés de poudre
Aux yeux, de vent…
Mon cœur en gémira peut-être
Encor longtemps,
Pourtant, l’impression de t’entendre,
En lisant ces vaines paroles,
Garde un peu de chaud sous la cendre :
Une présence
Qui me caresse, et me console
De ton absence…
Texte composé dans le cadre d'un défi, avec comme seule contrainte d'écrire à partir du titre "Parchemins étoilés" (Poésieland)
18 juin 2008
A dans pas si longtemps...
Bonjour à vous,
Voici venu pour moi le temps des vacances, le départ est dans quelques heures. Promis, j'ai tout préparé, je n'oublierai rien, et je penserai à vous lorsque je serai sous le soleil de l'Egypte.
Je répondrai à vos commentaires à mon retour... d'ici deux petites semaines.
Et bien sûr, je vous ramènerai sans aucun doute un petit poème de mon voyage.
Je vous laisse les clés de la maison.
A bientôt, à dans pas si longtemps...
Ny-Haja
16 juin 2008
sale petit diable
Une paire de doigts agiles
Court et claque sur les boutons ;
Petites phalanges serviles
Semblent prises de convulsions…
Le ciel peut s’écrouler, le monde
Peut brûler, l’orage éclater !
Tant pis, maman, si tu me grondes…
« Laisse-moi, je suis occupé ! »
La mission qui m’incombe là
Est de la plus haute importance,
Le château n’est plus qu’à deux pas…
Encore une ou deux performances,
Et je serai face au geôlier
De la jolie princesse en rose !
Et quand je l’aurai délivrée,
Je me permettrai une pause,
Une seule, le temps de mettre
Un autre jeu dans la machine !
Puis j’irai terminer, peut-être,
Mon colin et mes aubergines !
Il faut bien que j’arrive à bout
De ces tortues qui me torturent !
« Voilà ! Je tombe dans un trou !
Ta faute, si la partie dure !
Non ! Elle est à moi la console !
De quel droit me la confisquer ?
Je t’ai vue hier avec Paul…
Je vous ai vus vous embrasser…
Alors, si tu ne me rends pas
Ce qui m’appartient, maintenant,
Je rapporterai à papa
Que… que… que tu as un amant ! »
14 juin 2008
sur trois accords majeurs
Sur trois accords majeurs,
On peut marquer des cœurs
A l’encre indélébile
D’un air un peu facile.
Les petits mots, toujours
Les mêmes : mon amour…
Je t’aime… Embrasse-moi…
Je n’ai d’yeux que pour toi…
Et le ciel sirupeux,
Immuablement bleu,
Comme s’il ne faisait
Jamais pleurer juillet…
J’en suis venu à croire
Que, pour gagner la gloire,
Il suffit d’une voix
Et d’un joli minois !
Sur trois accords majeurs,
On peut toucher des cœurs ;
Tu n’as pas oublié
Ce mièvre slow d’été.
Quand la salle des fêtes
De Bures-sur-Yvette
Acclamait les mariés
(Ta cousine et Xavier),
Tu voyageais ailleurs,
Dans les bras cajoleurs
De celui qui entra
Dans ta vie ce jour-là ;
Vous dansiez, tendrement,
Sur ce hit pathétique,
Ce gros hit inhérent
A ce moment magique
Que fut votre rencontre ;
Comme quoi, tout démontre
Que trois accords majeurs
Peuvent lier des cœurs,
Et demeurer longtemps
Dans la tête des gens.
13 juin 2008
la question qui fâche
Bien sûr, les couchers de soleil sur le Canal du Mozambique,
Les chants, les voix d’enfants, à l’heure de l’école coranique,
Et ces parties de cache-cache entre les manguiers du jardin,
Après s'être empiffrés de jaque ou régalés de fruits à pain,
Bien sûr, les nacots aux fenêtres, les ventilateurs pendus
Au plafond, qui nous soulageaient de cette touffeur assidue,
Les odeurs de terre brûlée chaque fois que le ciel pleurait,
Lacérait la tôle ondulée du toit – ce bruit-là me berçait,
Bien sûr, les agiles marchandes portant sur leurs frêles têtes
Le poids de ce qu’elles vendaient sur le trottoir, à la sauvette,
Les garçonnets courant pieds nus derrière un ballon de fortune,
Et les pêcheurs, en galawas, partis au large sous la lune,
Bien sûr, les bidons un peu lourds qu’avec ma soeur nous ramenions
Du puits, alors que nous n’avions pas l’eau potable à la maison,
Les dîners souvent partagés avec les visiteurs du soir,
La radio qui racontait la France que nous rêvions de voir…
Bien sûr, ces moments, ces images, ne s’effaceront jamais,
Me rappelleront mon enfance aussi longtemps que je serai.
Cependant, sans les renier, je me sens tout autant d’ici,
Sans doute même plus encore.
Un homme n’est-il pas de là où il a installé sa vie ?
Que j’aie raison ou que j’aie tort,
Si je réponds « je suis français », j’entends quelques uns s’offusquer,
Si je réponds « je suis d’ailleurs », je vois des sourcils se froncer.
12 juin 2008
l'éclipse salutaire
A-t-on le droit à la parole
Dans ce salon de la cité ?
Une tanière, une alvéole
Sinistrement colonisée
Par un escadron de moutons
Déguisés en loups (pour l’image),
Qui est plutôt une prison…
De l’air ! De l’air ! Vite, à la plage !
Pauvres brebis abandonnées
Aux lois de la pensée unique,
Qui ne savent que vénérer
Un loup qui n’est pas en plastique,
Le seul qui soit de pure race,
Grand timonier, fin dictateur,
Qui matte fermement sa classe…
Gare aux réfractaires sans peur !
Une recrue a refusé
De maquiller sa réaction,
Et vlan ! La voilà recadrée
Sur le plus humiliant des tons !
Marcher au pas, sur la musique
D’un pitoyable chefaillon,
Un machiavel anachronique…
Cours toujours, cours, mais non c’est non !
A lancé sans tergiverser
L’insoumise graine sauvage,
Qui a fini par ajouter :
Je m’en retourne sur la plage,
Ici, la vérité dérange !
Tu abhorres ceux qui protestent,
Mais retiens bien que je ne mange
Pas de ta cuisine indigeste !
Et puis elle s’est éclipsée,
Dignement, sans se retourner.
11 juin 2008
tes quinze ans
Je ne te reconnais presque pas
Dans le noir et blanc de ces photos !
Teppaz, diabolos menthe, les bras
D’un premier flirt, et Lucky Blondo
Qui avait un secret à te dire…
Tu t’en souviens avec le sourire.
Tes quinze ans, et toute leur histoire,
Remontent du fond de ta mémoire…
Monkey, surf, letkiss ou limbo rock
Rythmaient tes jeudis après-midi.
Nacre sur les lèvres, pendeloques,
Rubans aux cheveux, rose vichy…
Tout pour être, à l’heure du goûter,
La plus belle pour aller danser !
Tes quinze ans, et toute leur histoire,
Remontent du fond de ta mémoire…
Les surboums, les surprises-parties,
Pour la génération tecktonik
Ivre de cocktails et d’ecstasy,
Sont d’une époque préhistorique !
– Tu trembles pour ton petit dernier,
Chaque samedi soir de l’année –
Tes quinze ans, et le printemps d’alors,
Te manquent, mais sont bel et bien morts.
06 juin 2008
les ipomées
Une journée, une autre encore,
S’étire à l’ombre des nuages
Et m’enroule dans sa pléthore
D’heures oiseuses bien trop sages.
Les couleurs se sont effacées…
A part celles des ipomées !
Le chat ronronne dans son coin,
Rien ne troublerait sa paresse.
Une rumeur chantonne au loin
Dans cette ville où tu te presses ;
Ici, la vie semble figée…
Sauf pour les belles ipomées !
Un peu de thé, de la lecture,
Et mes pensées qui te dessinent…
C’est ton retour qui me rassure,
Qui met ma mollesse en sourdine ;
Je retrouve enfin ma gaîté
Quand se ferment les ipomées.
05 juin 2008
la cuisine
Cornelia dort toutes les nuits,
Là, dans ce lit à baldaquin,
Sans jamais lui tenir la main…
A moins que ce ne soit fortuit !
Jean lui passa la bague au doigt
Un samedi de l’an dernier.
Pourtant, il ne put la toucher
Qu’une seule fois en dix mois !
C’était le soir, après la noce,
Dans leur villa de Biscarosse.
Depuis, elle fuit ses baisers,
Tourne le dos à ses désirs,
Simulant, sans même en rougir,
D’incommodantes céphalées.
Cornelia est fausse et cupide ;
Son cœur bat pour un marmiton,
Un sans le sou, grand, fort, et blond,
Qui n’a pas l’haleine fétide.
Ce soir, il est peut-être temps
D’aller jusqu’au bout de son plan.
Son mari ronfle. Elle imagine
Qu’elle hérite enfin du gros lot.
Une batterie de couteaux
Est accrochée dans la cuisine…
04 juin 2008
d'un mot
D’un mot, l’on peut, autour de soi,
Faire la pluie ou le beau temps.
D’un mot gravé sur la parois
D’un mur, ou décoché sciemment
Pour atteindre qui que ce soit…
Un seul mot peut assurément
Te donner la force du roi,
Ou l’infortune du perdant.
Pourtant, dis-moi, c’est quoi un mot ? Quelques lettres juxtaposées,
Des courbes, des queues, et des points que l’on dépense sans compter…
D’un mot, tu as conquis mon cœur
Quand l’espérance y était morte.
D’un mot, tu as fauché mes peurs
Et j’ai vu s’ouvrir une porte…
Est-ce donc cela le bonheur,
Une clarté presque trop forte ?
Un ciel d’été ? Une chaleur
Qui te prend là et te transporte ?
Pourtant, dis-moi, c’est quoi un mot ? Quelques lettres juxtaposées,
Des courbes, des queues, et des points que l’on dépense sans compter…
D’un mot, j’ai attisé l’orage
Au soir d’un jour nimbé de bleu.
D’un mot, s’est tracé le virage
Qui m’a éloigné de nous deux…
Tous ces éclairs, ces gros nuages,
Ont fait monter l’eau dans mes yeux
Lorsque j’ai vu s’enfler de rage,
Sur tes lèvres, le mot adieu,
Depuis, je sais ce qu’est un mot : quelques lettres juxtaposées,
Des courbes, des queues, et des points qu’on a tôt fait de négliger,
Mais qui peuvent se révéler
Plus cruel qu’un ogre affamé.









