mardi 16 juin 2009
c'est trop beau
Que se passe-t-il ce matin ?
Quelque chose dans l’atmosphère
Fleure bon. D’où jaillit soudain
Cette humeur chantante et légère ?
Le trottoir, naguère porteur
De tous les maux de la planète,
Qui donc l’a repeint aux couleurs
De l’allégresse et de la fête ?
Le soleil s’est même levé
Sur chaque carreau de faïence
Du métro, des fleurs ont poussé
Dans les journaux, en abondance.
Au bureau, il pleut des sourires,
Des égards inhabituels…
Suis-je bien à bord du navire,
Ou dans un monde virtuel ?
Les courgettes de la cantine,
D’ordinaire amas de gadoue,
N’ont pas ce midi triste mine.
Autant de perfection me cloue !
Que se passe-t-il ? C’est trop beau !
Quelqu’un me répond : « n’est-ce pas
L’amour qui te monte au cerveau,
Et te joue là son cinéma ? »
© Nhand 2009 - Tous droits réservés [ 100ème publication du blog ]
lundi 15 juin 2009
tout vient à point
Tout vient à point à qui sait attendre.
La roue tourne, et viendra s’arrêter
Sur ton nom. A quoi bon t’entêter
A fouiller le trésor dans la cendre !
Tout vient à point à qui sait prier,
Sans hurler sa frustration au monde.
Les agacés sortiront leurs frondes
Si tu continues sur ta lancée.
Tout vient à point à qui sait choisir
Le meilleur chemin au carrefour ;
Prends ton temps, fais même demi-tour
Si un doute se fait ressentir !
Tout vient à point à qui sait d’abord
Ce que son cœur veut. Mais tu hésites
Entre le lingot et la pépite ;
Pour avoir les deux, paie le prix fort !
© Nhand 2009 - Tous droits réservés
dimanche 14 juin 2009
le briquet
La nuit étouffe ce qu’il reste de clarté,
Tout ce qui ne luit pas glisse dans le mystère.
Les amoureux, plus loin, s’aiment en aparté…
Ma mémoire souillée a besoin d’un clystère ;
Comment la décaper ? Des clichés parasites,
Gaufrés sur ses écrans, me tiennent écarté
Du salut. Et pendant qu’œuvre ma sinusite,
La nuit étouffe ce qu’il reste de clarté.
Le silence des murs se mêle aux pleurs des rêves
Qui cognent les parois de ma boîte crânienne.
Ces rêves séquestrés, qu’on dirait une grève
Que nulle onde ne vient effleurer. Qu’ils reviennent
Les printemps d’autrefois, et leurs pluies d’espérances
Qui savaient clairement renouveler ma sève !
Des souvenirs amers les ont mis en vacances…
Le silence des murs se mêle aux pleurs des rêves.
Qu’ai-je fait du briquet ? Je l’avais posé là,
Sur le bord du piano. Je ne le trouve plus.
Lorsque mon âme geint, il reste le tabac,
Le brun, le blond, tant pis s’il faut jusqu’à l’abus
L’en étourdir ! Je sais, la fumée n’engloutit
Ni le gris, ni le noir. Quoique tous mes tracas
S'éteindront, si je brûle dans un incendie.
Qu’ai-je fait du briquet ? Je l’avais posé là…
© Nhand 2009 - Tous droits réservés
samedi 13 juin 2009
le corbillard
Le corbillard, tranquillement,
Roule son ombre à travers champs,
Menant, comme à l’accoutumée,
Le cortège des endeuillés.
Zita, la presque centenaire,
Etait l’une des pensionnaires
De la Résidence des Pins.
Son souffle à jamais s’est éteint.
En ce beau jeudi estival,
C’est pour son village natal
Qu’elle prend l’aller sans retour,
Rentrant auprès de son amour.
Le corbillard, tout doucement,
Pénètre enfin dans le Royans,
Quand une panne inexpliquée
L’oblige à s’immobiliser.
D’où provient donc cette avarie,
Il n’est aucune anomalie !
L’un des petit-fils de Zita
Au bout d’une heure lancera :
« Elle aimait tellement l’été
Qu’elle a voulu, avant d’aller
Sous terre où il fait toujours froid,
S’en nourrir une ultime fois… »
Ces mots à peine prononcés
Que nous pourrons continuer
La route, avec le corbillard,
Sous un ciel devenu blafard…
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vendredi 12 juin 2009
mariquita (cœur mie de pain)
Vois-tu, incorrigible Mariquita,
Les fourberies de cet homme qui t’évince,
Entends-tu ses mensonges de scélérat,
Pendant qu’ailleurs il se distrait comme un prince,
Charmant des fleurs qu’il effeuille à tour de bras,
En as-tu conscience, et fermes-tu les yeux
Par amour, ou crois-tu vraiment ce qu’il jure
Bassement sur la tête de ses aïeux ?
Son vil esprit séjourne sous la ceinture,
D’où il vise ton héritage copieux !
Si la mauvaise sauce trouve toujours
De la vaisselle argentée pour s’y répandre,
Ton cœur mie de pain, douce proie de velours,
S’emballe immanquablement, se laisse prendre
Au piège, et s’y trempe aussitôt, sans détour…
Vois-tu, incorrigible Mariquita,
Les revers d’autrefois devraient te servir
A ne jamais reproduire un tel schéma.
Congédie ton coureur, il te faut choisir
Quelqu’un de plus méritant... Moi, je suis là !
© Nhand 2009 - Tous droits réservés
jeudi 11 juin 2009
pause poutine
Qu’il est bon, qu’il est doux,
En redescendant de la Montagne,
De s’attabler à une terrasse !
Après l’effort,
Le réconfort.
Qu’il est frais, je l’avoue,
Ce Ginger Ale qu’on nomme « champagne
du pauvre » par ici ; Efficace,
Quand il fait chaud…
Et si nous commandions notre plat ?
La carte des menus que voilà,
En première page, nous déclinent
En détail tous types de poutines…
Fais ton choix, mon amour !
Italienne ? Au bleu ? Dulton ? Benny ?
Pour moi, ce sera une Ordinaire.
Après l’effort,
Le réconfort.
C’est copieux, un peu lourd
Pour l’estomac, néanmoins exquis !
Et nous aimons faire bonne chère…
Est-ce un défaut ?
Venir jusqu’au Québec sans goûter
A ces patates frites nappées
De fromage en dés, de sauce brune,
C’est s’infliger une vraie lacune !
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mercredi 10 juin 2009
foi de fat
Surnageant bien au-dessus du chaos,
Je m’autoproclame lumière… Allô ?
Allô, mon ego ? Oui, oui, je vole… Oh !
Mais que le monde est petit vu d’en haut !
Laissez-moi rappeler une évidence :
Dieu n’existait pas avant ma naissance.
En bas, ni grâce, ni lustre, ni gloire !
Quelques princes à l’aura dérisoire
S'y font appeler « Majesté » ; A croire
Qu’ils n’ont vraiment rien compris à l’histoire !
En vérité, je vous fais un aveu :
Nul ne me vaut sur cette boule bleue !
Surnageant bien au-dessus du chaos
Dans lequel dansent vos pauvres cerveaux
Plus éteints, plus ruinés que des mégots,
Je ris de vos manières de blaireaux.
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mardi 9 juin 2009
trop d'éloges...
Trop d’éloges tue le talent !
Et si ce dernier a bien accepté
D’inscrire au fronton de ma personne
Un peu de sa réalité,
Je vous saurai gré
De ne pas me le crier trop fort,
Car trop d’éloges tue le talent !
Ayez donc, de grâce, pour mes chevilles,
Un doigt de pitié, je vous l’ordonne,
Pour ne pas que je parte en vrille,
Que je m’éparpille
En feu de paille. Vous auriez tort
De me prendre par les sentiments,
Trop d’éloges tue le talent !
Les lauriers, dit-on, sont si confortables
Que l’inconscient qui s’y abandonne
Finit par être lamentable…
Est-ce préférable ?
Que c’est triste un génie qui s’endort,
Repu, rassasié de compliments !
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lundi 8 juin 2009
les statistiques
On a coutume de penser que les nantis
Constituent, dans la société, la frange qui
Ne peut se résoudre à voter pour un parti
Gauchiste… Et regarde ton père :
Il parle et voit rouge depuis
Qu’il marche avec Lutte Ouvrière !
Pourtant, le patron c’est bien lui,
Dans son entreprise, à Auxerre.
Les statistiques négligent
Les particularités,
Trop souvent, elles ne figent
Que des généralités.
On a coutume de penser que la jeunesse
N’aime plus à se cultiver, que par paresse,
Elle préfère se vautrer dans ses faiblesses…
Toutefois, le fils du voisin
Lit Gary, Cioran, Mallarmé,
Lorsque Prison Break fait le plein
D’idolâtres écervelés,
De Manhattan à Saint-Quentin.
Les statistiques négligent
Les particularités,
Trop souvent, elles ne figent
Que des généralités.
On a coutume de penser que rien ne dure
Au-delà de quelques années ; Les aventures
Sont, dit-on, assez tôt vouées à la rupture…
Même s’il est des exceptions !
Mon amour, as-tu bien compté ?
Sais-tu le nombre de saisons
Que nous avons déjà tournées
Ensemble ? Qui en fait mention ?
Les statistiques négligent
Les particularités,
Trop souvent, elles ne figent
Que des généralités.
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samedi 6 juin 2009
ma souris
Je ne compte plus les heures mortes
Parties en fumée. Combien me coûte
Cette drogue ? Il ne fait aucun doute
Que je perds mon temps ; Au fond, qu’importe,
Puisque j’en ai trop ! D’ailleurs, j’ajoute
Que mon cœur, depuis sa banqueroute,
N’accepte plus qu’un autre l’escorte.
Ma souris l’entraîne sur les routes,
A la recherche de casse-croûtes ;
Sur un coin d’écran, je me nourris
De ces mets facilement trouvables,
Ces plats à emporter, secourables,
Conçus pour les corps esseulés qui
Ne supportent plus l’insupportable :
Le manque d’exultation. A table !
D’un simple clic, le couvert est mis…
Ma souris est vraiment formidable,
Nous sommes tous deux inséparables.
Le grutier que je suis redescend
Chaque soir de sa cage de verre,
Parfois un peu plus atrabilaire
Que la veille, mais il sait comment
Mettre des couleurs à son calvaire ;
Même si le plaisir solitaire
N’est qu’un ersatz aux effets frustrants,
Ma souris, qui a bon caractère,
Ne dit jamais non pour me distraire.
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