D'essaims de mots en bancs de rimes...

par Ny-Haja Andrianaly.

mardi 16 juin 2009

c'est trop beau

 

Que se passe-t-il ce matin ?

Quelque chose dans l’atmosphère

Fleure bon. D’où jaillit soudain

Cette humeur chantante et légère ?

 

 

Le trottoir, naguère porteur

De tous les maux de la planète,

Qui donc l’a repeint aux couleurs

De l’allégresse et de la fête ?

 

 

Le soleil s’est même levé

Sur chaque carreau de faïence

Du métro, des fleurs ont poussé

Dans les journaux, en abondance.

 

 

Au bureau, il pleut des sourires,

Des égards inhabituels…

Suis-je bien à bord du navire,

Ou dans un monde virtuel ?

 

 

Les courgettes de la cantine,

D’ordinaire amas de gadoue,

N’ont pas ce midi triste mine.

Autant de perfection me cloue !

 

 

Que se passe-t-il ? C’est trop beau !

Quelqu’un me répond : « n’est-ce pas

L’amour qui te monte au cerveau,

Et te joue là son cinéma ? »

 

 

 

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[ 100ème publication du blog ]

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lundi 15 juin 2009

tout vient à point

 

Tout vient à point à qui sait attendre.

La roue tourne, et viendra s’arrêter

Sur ton nom. A quoi bon t’entêter

A fouiller le trésor dans la cendre !

 

 

Tout vient à point à qui sait prier,

Sans hurler sa frustration au monde.

Les agacés sortiront leurs frondes

Si tu continues sur ta lancée.

 

 

Tout vient à point à qui sait choisir

Le meilleur chemin au carrefour ;

Prends ton temps, fais même demi-tour

Si un doute se fait ressentir !

 

 

Tout vient à point à qui sait d’abord

Ce que son cœur veut. Mais tu hésites

Entre le lingot et la pépite ;

Pour avoir les deux, paie le prix fort !

 

 

 

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dimanche 14 juin 2009

le briquet

 

La nuit étouffe ce qu’il reste de clarté,

Tout ce qui ne luit pas glisse dans le mystère.

Les amoureux, plus loin, s’aiment en aparté…

Ma mémoire souillée a besoin d’un clystère ;

Comment la décaper ? Des clichés parasites,

Gaufrés sur ses écrans, me tiennent écarté

Du salut. Et pendant qu’œuvre ma sinusite,

La nuit étouffe ce qu’il reste de clarté.

 

 

Le silence des murs se mêle aux pleurs des rêves

Qui cognent les parois de ma boîte crânienne.

Ces rêves séquestrés, qu’on dirait une grève

Que nulle onde ne vient effleurer. Qu’ils reviennent

Les printemps d’autrefois, et leurs pluies d’espérances

Qui savaient clairement renouveler ma sève !

Des souvenirs amers les ont mis en vacances…

Le silence des murs se mêle aux pleurs des rêves.

 

 

Qu’ai-je fait du briquet ? Je l’avais posé là,

Sur le bord du piano. Je ne le trouve plus.

Lorsque mon âme geint, il reste le tabac,

Le brun, le blond, tant pis s’il faut jusqu’à l’abus

L’en étourdir ! Je sais, la fumée n’engloutit

Ni le gris, ni le noir. Quoique tous mes tracas

S'éteindront, si je brûle dans un incendie.

Qu’ai-je fait du briquet ? Je l’avais posé là…

 

 

 

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samedi 13 juin 2009

le corbillard

 

Le corbillard, tranquillement,

Roule son ombre à travers champs,

Menant, comme à l’accoutumée,

Le cortège des endeuillés.

 

 

Zita, la presque centenaire,

Etait l’une des pensionnaires

De la Résidence des Pins.

Son souffle à jamais s’est éteint.

 

 

En ce beau jeudi estival,

C’est pour son village natal

Qu’elle prend l’aller sans retour,

Rentrant auprès de son amour.

 

 

Le corbillard, tout doucement,

Pénètre enfin dans le Royans,

Quand une panne inexpliquée

L’oblige à s’immobiliser.

 

 

D’où provient donc cette avarie,

Il n’est aucune anomalie !

L’un des petit-fils de Zita

Au bout d’une heure lancera :

 

 

« Elle aimait tellement l’été

Qu’elle a voulu, avant d’aller

Sous terre où il fait toujours froid,

S’en nourrir une ultime fois… »

 

 

Ces mots à peine prononcés

Que nous pourrons continuer

La route, avec le corbillard,

Sous un ciel devenu blafard…

 

 

 

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vendredi 12 juin 2009

mariquita (cœur mie de pain)

 

Vois-tu, incorrigible Mariquita,

Les fourberies de cet homme qui t’évince,

Entends-tu ses mensonges de scélérat,

Pendant qu’ailleurs il se distrait comme un prince,

Charmant des fleurs qu’il effeuille à tour de bras,

 

 

En as-tu conscience, et fermes-tu les yeux

Par amour, ou crois-tu vraiment ce qu’il jure

Bassement sur la tête de ses aïeux ?

Son vil esprit séjourne sous la ceinture,

D’où il vise ton héritage copieux !

 

 

Si la mauvaise sauce trouve toujours

De la vaisselle argentée pour s’y répandre,

Ton cœur mie de pain, douce proie de velours,

S’emballe immanquablement, se laisse prendre

Au piège, et s’y trempe aussitôt, sans détour…

 

 

Vois-tu, incorrigible Mariquita,

Les revers d’autrefois devraient te servir

A ne jamais reproduire un tel schéma.

Congédie ton coureur, il te faut choisir

Quelqu’un de plus méritant... Moi, je suis là !

 

 

 

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jeudi 11 juin 2009

pause poutine

 

Qu’il est bon, qu’il est doux,

En redescendant de la Montagne,

De s’attabler à une terrasse !

Après l’effort,

Le réconfort.

Qu’il est frais, je l’avoue,

Ce Ginger Ale qu’on nomme « champagne

du pauvre » par ici ; Efficace,

Quand il fait chaud…

 

 

Et si nous commandions notre plat ?

La carte des menus que voilà,

En première page, nous déclinent

En détail tous types de poutines…

 

 

Fais ton choix, mon amour !

Italienne ? Au bleu ? Dulton ? Benny ?

Pour moi, ce sera une Ordinaire.

Après l’effort,

Le réconfort.

C’est copieux, un peu lourd

Pour l’estomac, néanmoins exquis !

Et nous aimons faire bonne chère…

Est-ce un défaut ?

 

 

Venir jusqu’au Québec sans goûter

A ces patates frites nappées

De fromage en dés, de sauce brune,

C’est s’infliger une vraie lacune !

 

 

 

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mercredi 10 juin 2009

foi de fat

 

Surnageant bien au-dessus du chaos,

Je m’autoproclame lumière… Allô ?

Allô, mon ego ? Oui, oui, je vole… Oh !

Mais que le monde est petit vu d’en haut !

 

 

Laissez-moi rappeler une évidence :

Dieu n’existait pas avant ma naissance.

 

 

En bas, ni grâce, ni lustre, ni gloire !

Quelques princes à l’aura dérisoire

S'y font appeler « Majesté » ; A croire

Qu’ils n’ont vraiment rien compris à l’histoire !

 

 

En vérité, je vous fais un aveu :

Nul ne me vaut sur cette boule bleue !

 

 

Surnageant bien au-dessus du chaos

Dans lequel dansent vos pauvres cerveaux

Plus éteints, plus ruinés que des mégots,

Je ris de vos manières de blaireaux.

 

 

 

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mardi 9 juin 2009

trop d'éloges...

 

Trop d’éloges tue le talent !

Et si ce dernier a bien accepté

D’inscrire au fronton de ma personne

Un peu de sa réalité,

Je vous saurai gré

De ne pas me le crier trop fort,

 

 

Car trop d’éloges tue le talent !

Ayez donc, de grâce, pour mes chevilles,

Un doigt de pitié, je vous l’ordonne,

Pour ne pas que je parte en vrille,

Que je m’éparpille

En feu de paille. Vous auriez tort

 

 

De me prendre par les sentiments,

 

 

Trop d’éloges tue le talent !

Les lauriers, dit-on, sont si confortables

Que l’inconscient qui s’y abandonne

Finit par être lamentable…

Est-ce préférable ?

Que c’est triste un génie qui s’endort,

 

 

Repu, rassasié de compliments !

 

 

 

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lundi 8 juin 2009

les statistiques

 

On a coutume de penser que les nantis

Constituent, dans la société, la frange qui

Ne peut se résoudre à voter pour un parti

Gauchiste… Et regarde ton père :

Il parle et voit rouge depuis

Qu’il marche avec Lutte Ouvrière !

Pourtant, le patron c’est bien lui,

Dans son entreprise, à Auxerre.

 

 

Les statistiques négligent

Les particularités,

Trop souvent, elles ne figent

Que des généralités.

 

 

On a coutume de penser que la jeunesse

N’aime plus à se cultiver, que par paresse,

Elle préfère se vautrer dans ses faiblesses…

Toutefois, le fils du voisin

Lit Gary, Cioran, Mallarmé,

Lorsque Prison Break fait le plein

D’idolâtres écervelés,

De Manhattan à Saint-Quentin.

 

 

Les statistiques négligent

Les particularités,

Trop souvent, elles ne figent

Que des généralités.

 

 

On a coutume de penser que rien ne dure

Au-delà de quelques années ; Les aventures

Sont, dit-on, assez tôt vouées à la rupture…

Même s’il est des exceptions !

Mon amour, as-tu bien compté ?

Sais-tu le nombre de saisons

Que nous avons déjà tournées

Ensemble ? Qui en fait mention ?

 

 

Les statistiques négligent

Les particularités,

Trop souvent, elles ne figent

Que des généralités.

 

 

 

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samedi 6 juin 2009

ma souris

 

Je ne compte plus les heures mortes

Parties en fumée. Combien me coûte

Cette drogue ? Il ne fait aucun doute

Que je perds mon temps ; Au fond, qu’importe,

Puisque j’en ai trop ! D’ailleurs, j’ajoute

Que mon cœur, depuis sa banqueroute,

N’accepte plus qu’un autre l’escorte.

Ma souris l’entraîne sur les routes,

A la recherche de casse-croûtes ;

 

 

Sur un coin d’écran, je me nourris

De ces mets facilement trouvables,

Ces plats à emporter, secourables,

Conçus pour les corps esseulés qui

Ne supportent plus l’insupportable :

Le manque d’exultation. A table !

D’un simple clic, le couvert est mis…

Ma souris est vraiment formidable,

Nous sommes tous deux inséparables.

 

 

Le grutier que je suis redescend

Chaque soir de sa cage de verre,

Parfois un peu plus atrabilaire

Que la veille, mais il sait comment

Mettre des couleurs à son calvaire ;

Même si le plaisir solitaire

N’est qu’un ersatz aux effets frustrants,

Ma souris, qui a bon caractère,

Ne dit jamais non pour me distraire.

 

 

 

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