vendredi 9 octobre 2009
un rêve
Voulez-vous que je dise où ma main se promène,
Que mes mots d’oublié vous tracent le contour
De l’étoile éclairant mon rêve, à contre-jour,
Et combien je voudrais qu’elle vienne et m’emmène ?
Survolté, tel El Cid pénétrant une arène,
Je marche sur les doigts, je caresse sa cour.
Loin le bruit des verrous, seul résonne un tambour
Qui roule dans mon sang son tempo thermogène.
L’astre majestueux que j’étreins d’un baiser
M’aime, sans retenue, jusqu’à vaporiser,
Sur mon désir offert, la splendeur de son souffle.
L’été grimpe au sommet de notre firmament.
Voulez-vous que je dise où mon feu s’emmitoufle,
Dans quel âtre, quel antre, il glisse doucement ?
Si l’image vous est une vision obscène,
Ne me suivez donc plus, mais faites demi-tour !
Au bout de ce chemin, m’attend le cul-de-four
Au creux duquel se joue l’apogée de la scène ;
Ma fougue s’y raidit, s’arme de molybdène,
Et sans tarder s’atèle au bonheur du labour.
Je prolongerais bien cet exaltant séjour
Au-delà des confins de cette nuit d’ébène,
Je pourrais, dans ce cas, dormir à l’horizon
Sur un petit nuage, et la belle saison
Durerait fièrement tout le temps de ma vie.
Bienheureux l’homme libre au corps non enchaîné,
Qu’il jouisse sans fin, pendant que je l’envie
Du fond de cette cage, où je reste enfermé.
© Nhand 2009 - Tous droits réservés
Commentaires
Une ambigüité joliment cultivée dans ce double sonnet. Richesse du vocabulaire (j'en profite pour compléter mon dico PL), je te suis sans hésiter tout au long de ce rêve :)
Il arrive que ma plume veuille se compliquer un peu la vie, d'où la forme de ce poème, et le choix de certains mots. En fait, je l'ai écrit en suivant des consignes particulières, que je me suis imposées. J'ai pris une liste de mots improbables, et j'ai tenté de broder autour, ça a donné ce résultat. Ravi que ça t'ait plu, Réjane. A bientôt.
NH
Ravie de voir que tu te poses des contraintes pour
en sortir joliment vainqueur...Beau dimanche !
Les contraintes, paradoxalement, permettent aussi d'aller juste un peu plus loin que prévu, ça aide donc pas mal :)... Puis, ça peut aussi s'apparenter à un jeu, à condition de ne pas en abuser ! lol
Belle semaine à toi, Marlou,
NH
Chaud et voluptueux, on se sent bien dans ce poème, malgré tout.
Oui, on s'y sent sans doute bien, comme le prisonnier dans son rêve, mais il faut bien revenir à la réalité...
Merci Cyrod
NH
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