mercredi 14 octobre 2009
octobre
Octobre s’affuble à nouveau
De son manteau de pluie.
Hier encore, il faisait beau.
Ce matin, je m’appuie
Contre cette grisaille
Qui, tout à coup, m’assaille.
Chaque goutte d’automne éclate sur la vitre,
Me parle de soleils mourants,
De saisons s’apprêtant à conter un chapitre
Jalonné d’engourdissements.
Octobre écrit sur la campagne
Son au revoir au vert,
L’estivante a rangé son pagne,
L’hirondelle a ouvert
La route de l’exil,
Jusqu’au lointain avril.
Les dernières couleurs, paradoxalement,
Mettront la nature en chaleur ;
Ambre, orange et vermeil, dans les rameaux au vent,
Chanteront demain d’un seul chœur.
Octobre enfin s’endormira
Dans les draps de novembre.
Mais attendrai-je toujours là,
Au froid de cette chambre,
Le cœur las, courbatu ?
Dis, quand reviendras-tu ?
© Nhand 2009 - Tous droits réservés
mercredi 23 septembre 2009
papillon
Je suis devenu papillon
Par un beau matin de septembre,
Et n’ai presque plus vu ma chambre
Depuis notre séparation ;
Je m’en vais toujours en mission,
Que le ciel soit gris, bleu, ou d’ambre.
Je suis devenu papillon
Par un beau matin de septembre.
Des corolles à profusion
Savent prendre soin de mon membre,
Mais mon cœur, froid comme décembre,
Reste fragile et sans passion ;
Je suis devenu papillon !
© Nhand 2009 - Tous droits réservés
jeudi 27 août 2009
la saint-glinglin
Quand mes vingt ans reviendront,
A la saint-glinglin,
Fleurir entre les cailloux de mon jardin
Pas encor mal-en-point,
Je ne dirai plus «non
Sans façon»,
Je t’ouvrirai ma maison,
Mon avenir et mon cœur, bien volontiers.
Quand la neige tombera,
A la saint-glinglin,
De Tamanrasset au Golfe du Bénin,
Où vivront les pingouins,
C’est promis, ce jour-là,
Tu verras,
Je te pendrai à mon bras,
Et nous irons à Las Vegas, nous marier.
Quand la poule aura ses dents,
A la saint-glinglin,
Tu sais, celle qui te pond chaque matin
Ta dose de shampooing,
Ce jour-là seulement,
Pas avant,
Je te ferai un enfant,
Et si tu veux, nous l’appellerons Gauthier.
Mais en attendant, lâche-moi la main,
Petite folle !
Je ne t’aimerai qu’à la saint-glinglin...
Et je tiendrai parole !
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mercredi 26 août 2009
chemins
Le chemin que tu pris pour atteindre mon cœur,
L’émietter, le réduire en fragments de douleur,
Ne fut qu’un raccourci. Comme le criminel
Sait toujours se hâter, quand répondre à l’appel
De son diable intérieur se fait incontournable !
Soudain, tu basculas dans la peau du coupable…
Le chemin que mes pas se doivent d’emprunter,
Même si tes regrets viennent de s’exprimer,
Se tortille et s’étire… Aurai-je assez de temps
Pour en voir l’autre bout ? Chagrin, ressentiments,
Alourdissent ma marche, et me tiennent encore
Bien trop loin du pardon, que j’apprends, que j’explore...
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vendredi 24 juillet 2009
cœur en maintenance
J’ai vu, du fond de ton regard,
L’été s’assombrir en orage,
Puis, le ciel m’est tombé dessus.
J’ai vu couler le crépuscule
Dans la débâcle de ton fard,
Et l’horizon faire naufrage.
Sais-tu que je t’en ai voulu
D’avoir transformé la virgule
En un point final, au poignard ?
Depuis, je fais du bricolage,
Rapiéçant mon cœur, devenu
– Grâce à toi – beaucoup moins crédule.
(Ce poème est un quatril, forme fixe nouvellement inventée par Darius Hypérion) Voir ici.
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mardi 21 juillet 2009
vous avez tant rêvé
Vous avez tant rêvé de lui tenir la main,
De lire en son regard le ciel qui s’ensoleille,
De hisser votre souffle au creux de son oreille
Pour lui jurer : « c’est toi, c’est toi mon lendemain !»
Vous avez tant rêvé de monter dans son train
Pour le suivre partout – un peu comme l’abeille
S’épingle au vent des fleurs quand le printemps s’éveille,
Alors, courez à lui, traitez avec dédain
Les caquets persifleurs des vilaines sorcières
Qu’on entend s’élever de toutes les chaumières !
N’écoutez que vous-même, allez-y maintenant,
Qu’autant de temps rêvé à vous voir être celle
Qui gagnerait son cœur ne soit, mademoiselle,
Perdu au fond du puits des remords permanents !
(Les défis des poesielanders, thème : "temps rêvé")
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lundi 20 juillet 2009
l'amant tourmenté
On peut rêver d’avoir les biceps
En dos de dromadaires sous chaque manche,
Mais aurais-je ce qu’il faut de peps
Pour soulever des poids, même le dimanche ?
Mon amour, mon cœur, mon Roméo,
Pour moi, tu es déjà le plus beau !
On peut envier les jolies tablettes
De ces mâles frimant sur papier glacé
Quand le premier bourrelet vous guette ;
Qui voudra me vendre un peu de volonté ?
Mon doudou chéri, mon chamallow,
A mes yeux, tu restes le plus beau !
Je ne suis pas dupe ! Et le miroir,
Franc et impartial en toutes circonstances,
Se moque bien de me décevoir…
Si tu me disais vraiment ce que tu penses !
Alors…
Tu n’es ni fort, ni grand, ni très beau,
Mais voilà, c’est toi que j’aime, idiot !
Faut-il que je pleure ou que je rie,
Maintenant que je sais à quoi m’en tenir ?
Chose étrange que l’amour… Et si
Un éphèbe lui promettait l’avenir ?
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lundi 15 juin 2009
tout vient à point
Tout vient à point à qui sait attendre.
La roue tourne, et viendra s’arrêter
Sur ton nom. A quoi bon t’entêter
A fouiller le trésor dans la cendre !
Tout vient à point à qui sait prier,
Sans hurler sa frustration au monde.
Les agacés sortiront leurs frondes
Si tu continues sur ta lancée.
Tout vient à point à qui sait choisir
Le meilleur chemin au carrefour ;
Prends ton temps, fais même demi-tour
Si un doute se fait ressentir !
Tout vient à point à qui sait d’abord
Ce que son cœur veut. Mais tu hésites
Entre le lingot et la pépite ;
Pour avoir les deux, paie le prix fort !
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vendredi 12 juin 2009
mariquita (cœur mie de pain)
Vois-tu, incorrigible Mariquita,
Les fourberies de cet homme qui t’évince,
Entends-tu ses mensonges de scélérat,
Pendant qu’ailleurs il se distrait comme un prince,
Charmant des fleurs qu’il effeuille à tour de bras,
En as-tu conscience, et fermes-tu les yeux
Par amour, ou crois-tu vraiment ce qu’il jure
Bassement sur la tête de ses aïeux ?
Son vil esprit séjourne sous la ceinture,
D’où il vise ton héritage copieux !
Si la mauvaise sauce trouve toujours
De la vaisselle argentée pour s’y répandre,
Ton cœur mie de pain, douce proie de velours,
S’emballe immanquablement, se laisse prendre
Au piège, et s’y trempe aussitôt, sans détour…
Vois-tu, incorrigible Mariquita,
Les revers d’autrefois devraient te servir
A ne jamais reproduire un tel schéma.
Congédie ton coureur, il te faut choisir
Quelqu’un de plus méritant... Moi, je suis là !
© Nhand 2009 - Tous droits réservés
samedi 6 juin 2009
ma souris
Je ne compte plus les heures mortes
Parties en fumée. Combien me coûte
Cette drogue ? Il ne fait aucun doute
Que je perds mon temps ; Au fond, qu’importe,
Puisque j’en ai trop ! D’ailleurs, j’ajoute
Que mon cœur, depuis sa banqueroute,
N’accepte plus qu’un autre l’escorte.
Ma souris l’entraîne sur les routes,
A la recherche de casse-croûtes ;
Sur un coin d’écran, je me nourris
De ces mets facilement trouvables,
Ces plats à emporter, secourables,
Conçus pour les corps esseulés qui
Ne supportent plus l’insupportable :
Le manque d’exultation. A table !
D’un simple clic, le couvert est mis…
Ma souris est vraiment formidable,
Nous sommes tous deux inséparables.
Le grutier que je suis redescend
Chaque soir de sa cage de verre,
Parfois un peu plus atrabilaire
Que la veille, mais il sait comment
Mettre des couleurs à son calvaire ;
Même si le plaisir solitaire
N’est qu’un ersatz aux effets frustrants,
Ma souris, qui a bon caractère,
Ne dit jamais non pour me distraire.
© Nhand 2009 - Tous droits réservés